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Mostaganem, le théâtre des comédiens amateurs

06-juil / Mostaganem / 0 COMMENTS

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« Le théâtre n’a pas de messages à faire passer, le théâtre n’a pas d’idéologie, ne sert pas une cause. Le théâtre sert le théâtre », affirme d’une voix assurée, Djilali Boudjemaa fondateur de la troupe de théâtre amateur El Moudja de Mostaganem. C’est un message qui prend tout son sens dans la ville de Mostaganem, où la scène et la comédie ont toute leur place et font la réputation de cette capitale de l’art dramatique.


A partir d’une simple cour d’école la troupe d’El Moudja a recréé tout un univers théâtral. La vigne vierge a envahi les murs, un passage couvert bordé de lierre a été ajouté le long des salles de classes donnant au lieu son aspect sauvage et pittoresque. Les anciennes classes servent de rangement pour les décors et les costumes ainsi que de bureaux pour l’association, de salle de répétition et de lieux d’accueil pour tous les artistes de passage à Mostaganem. Depuis qu’elle a été chassée de son théâtre de verdure en 2009, lors des travaux de rénovation du bord de mer de la Salamandre, « la grande famille » El Moudja a élu domicile dans cet ancien établissement scolaire du quartier.


En dépit des épreuves, El Moudja a traversé le temps et vient même de fêter ses 35 ans d’existence, en juillet 2013.


A cette occasion, El Moudja a donné une représentation pour les habitants des alentours. Dans cette pièce, la troupe avait fait un choix dramatique original : des femmes jouaient le rôle des hommes et inversement. Djilali, au regard vif et la parole assurée, explique cela simplement : « Il n’y a pas de sexes au théâtre, il y a les rôles. »


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Djilali, fondateur de la troupe El Moudja et sa fille Khaoula, présidente de la troupe, dans la cour de l’association théâtrale


Cette troupe n’hésite pas à déranger et s’interdit l’auto-censure. La peur n’a pas sa place dans cet art chez El Moudja qui, pendant la décennie noire, a tourné dans toute l’Algérie avec un spectacle intitulé Dérives. « J’étais ado, je jouais le personnage d’une jeune fille violée. Une victime du conflit. Partout où nous allions nous étions bien accueillis », se souvient Khaoula la fille de Djilali. « Je me rendais à l’école avec des gardes du corps, c’est la seule chose dont je me rappelle qui me montrait que ce que nous faisions pouvait présenter un risque », raconte la jeune maman, aujourd’hui présidente de la troupe.


Mostaganem, le pays du théâtre amateur


La troupe El Moudja, fondée en 1978, est l’une des troupes les plus anciennes d’Algérie. Sa grande sœur, la troupe El Ichara, fondée trois ans plus tôt est installée au centre ville de Mostaganem dans une ancienne église. L’association initie à l’expression corporelle et vocale une quinzaine d’enfants de Mostaganem. El Ichara compte également sa troupe de théâtre adulte.


La réputation théâtrale de Mostaganem n’est plus à faire. La ville compte neuf troupes de théâtre amateur et un festival à rayonnement international : le festival national du théâtre amateur (FNTA). Le théâtre est présent jusque dans le paysage urbain où la figure emblématique d’Abderrahmane Kaki (1934-1995), sans doute l’un des plus importants dramaturge algérien du 19e siècle est souvent représentée. Sa statue trône au centre d’un des plus grands rond-points de la ville et le centre culturel où se déroule le FNTA porte son nom.


« Cet événement est une véritable bouffée d’oxygène pour les amateurs »


Fondé en 1967, le festival national de théâtre amateur de Mostaganem peut se vanter d’être le premier festival de l’Agérie indépendante et du monde arabe en général. Sur le modèle du festival français d’Avignon, fondé 20 ans plus tôt, l’événement a deux facettes ; le « In » désigne toutes les représentations se déroulant au sein des institutions culturelles officielles de la ville, tandis que le « off » comprend toutes les représentations théâtrales de la cité aux dates de l’événement.


Le festival accueille une douzaine de troupes ayant été sélectionnée auparavant par le jury lors de festivals régionaux. Une présélection qui compte jusqu’à 60 troupes participantes. Cette année, ont figuré parmi les inscrits, des troupes venant de France, du Maroc, du Koweit ou encore de Tunisie. Une dizaine de prix sont décernés chaque année, ils récompensent la mise en scène, le texte, la scénographie et l’interprétation des comédiens. Pour la 46e édition qui se déroulera du 24 août au 1er septembre 2013 à la maison de la culture, la dotation du grand prix du festival, appelé « le grand prix Si Djilali » est passé de 300 mille à 500 mille dinars. « Cet événement est une véritable bouffée d’oxygène pour les amateurs » affirme Mohamed Boudene, directeur artistique du festival.


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Le centre culturel Abderahmane Kaki de Mostaganem


Un amateurisme affirmé et revendiqué


« Je resterai toujours un amateur » déclare Abdallah Mebrek, président d’El Ichara, lorsqu’il parle de sa passion. La nature du théâtre à Mostaganem est totalement assumée, il ne s’agit pas d’un travail mais d’une passion parallèle. Dans la ville, les 9 troupes amateurs vivent des subventions de l’Etat reçues pour certains spectacles ainsi que des entrées payées par le public lors de représentations données à titre privé. « On ne vit pas du théâtre », « la création n’a pas de prix » poursuit Monsieur Mebrek.


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Abdallah Mebrek et les costumes de la troupe El Ichara de Mostaganem


Les plus anciens personnages de théâtre de Mostaganem sont contre la création d’un statut professionnel subventionné par l’Etat. « Madame Khalida Toumi a fait de la culture un marché » s’insurge le président d’El Ichara. Djijali, le fondateur d’el Moudja donne son explication « L’Algérie n’est pas encore prête pour avoir un statut de comédien professionnel aidé par l’Etat. » Pour lui l’Algérie doit d’abord se doter d’écoles d’art dramatique solides. Pour l’instant, ce statut profiterait à « des charlatans », non formés exerçant le métier pour l’argent. Un souhait de formation de la jeunesse partagé par le directeur artistique du FNTA : « mon plus grand souhait pour le théâtre algérien serait que celui-ci figure au programme scolaire ». M.Bouzidi, responsable des moyens généraux du festival s’empresse d’ajouter « les jeunes trouvent sur les planches un moyen d’expression exceptionnel ». En s’exprimant avec des mots, « ils n’ont plus besoin de se battre. »


Kamila Bouwarka – Photos Collectif Makkouk

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